Le 1er octobre 2026, l’armée israélienne a publié une liste de 170 Palestiniens tués dans la bande de Gaza et présentés comme des journalistes à leur mort. Elle affirme que ces personnes étaient en réalité des membres du mouvement islamiste Hamas, du Jihad islamique ou d’autres groupes armés. Cette affirmation est contestée par les écarts entre les différents recensements disponibles et par l’absence d’un bilan commun établi par les organisations de défense de la presse.
La liste a été annoncée par Effie Defrin, porte-parole de l’armée israélienne. Une page en ligne intitulée « Press Files » rassemble, pour chacun des 170 noms, des éléments que l’armée considère comme des preuves : photographies, hommages funèbres attribués au Hamas et extraits de tableaux de données. L’armée qualifie ces personnes d’« opérateurs militaires », alors qu’elles avaient été recensées comme journalistes par les autorités ou organisations qui documentent les morts dans l’enclave.
« Nous révélons aujourd’hui la vérité », a déclaré Effie Defrin en présentant la publication de cette liste, selon France 24.
Des bilans qui ne coïncident pas
Le chiffre avancé par l’armée israélienne ne correspond pas à celui du bureau gouvernemental des médias de Gaza, administré par le Hamas. Au 1er octobre, celui-ci comptabilisait 263 journalistes tués depuis le début de la guerre. Ces statistiques proviennent d’une structure liée aux autorités de Gaza et doivent être distinguées des décomptes établis par les organisations internationales spécialisées dans la liberté de la presse.
| Organisme ou autorité | Chiffre communiqué | Date indiquée |
|---|---|---|
| Armée israélienne | 170 journalistes présentés comme des membres de groupes armés | 1er octobre 2026 |
| Bureau gouvernemental des médias de Gaza | 263 journalistes tués | 1er octobre 2026 |
| Committee to Protect Journalists | 191 journalistes palestiniens tués par Israël | 31 octobre 2026 |
Le Committee to Protect Journalists, organisation américaine de défense des journalistes, recensait pour sa part 191 journalistes palestiniens tués par Israël au 31 octobre. France 24 précise que ce bilan avait été révisé à la baisse en juin et en septembre 2026. La rédaction des Observateurs a comparé la liste de l’armée israélienne avec les données de cette organisation, de Reporters sans frontières et de la Fédération internationale des journalistes.
Des journalistes connus figurent dans la liste
Parmi les noms cités par l’armée israélienne figurent Anas al-Sharif, journaliste d’Al Jazeera tué le 10 août 2025, et Hossam Shabat, correspondant tué par un drone israélien en mars 2025. Ils avaient été présentés comme des journalistes dans les recensements établis après leur mort. L’armée israélienne les considère désormais comme des membres d’organisations armées, sans que le contenu fourni par France 24 ne permette d’établir que cette qualification est reconnue par les organisations internationales comparées.
Ces écarts illustrent la difficulté de documenter les morts de journalistes dans la bande de Gaza. Les autorités locales, l’armée israélienne et les organismes indépendants ne retiennent pas les mêmes critères pour définir un journaliste, établir son identité professionnelle ou déterminer son éventuelle appartenance à un groupe armé. La comparaison menée par France 24 porte donc autant sur les chiffres que sur la qualification attribuée à chacune des personnes recensées.
La question est directement liée à la possibilité de vérifier les informations depuis l’enclave. Les journalistes palestiniens continuent d’y être comptabilisés parmi les victimes de la guerre, tandis que l’armée israélienne affirme qu’une partie d’entre eux participait aux activités de groupes armés. À la date des éléments rapportés par France 24, les différents organismes cités ne publient pas un bilan identique et l’armée israélienne n’a pas rendu publique une méthode commune permettant de rapprocher ses 170 noms des recensements du Comité pour la protection des journalistes, de Reporters sans frontières et de la Fédération internationale des journalistes.