La Cour suprême du Royaume-Uni a examiné mercredi le recours engagé par Huda Ammori, cofondatrice de Palestine Action, contre l’interdiction de cette organisation propalestinienne décidée par le gouvernement britannique. Le groupe a été classé comme organisation terroriste en juillet 2025, rendant passible de poursuites toute expression publique de soutien à ses activités.
L’audience s’est tenue dans un contexte de mobilisation devant la plus haute juridiction du pays. Des manifestants se sont assis devant les grilles du bâtiment et ont brandi des pancartes. La police a indiqué que 25 soutiens de Palestine Action avaient été arrêtés en marge de l’audience. Selon Defend Our Juries, l’organisation qui coordonne ces actions, environ 4 200 personnes ont été interpellées depuis l’entrée en vigueur de l’interdiction. Parmi les personnes arrêtées figureraient notamment des retraités, un prêtre et la militante suédoise Greta Thunberg.
« Ceci est la démocratie, pas le terrorisme », indiquait une pancarte brandie devant la Cour suprême par l’acteur Alfred Enoch.
Alfred Enoch, qui n’a pas été arrêté, a également estimé que cette interdiction constituait peut-être la mesure la plus autoritaire et la plus sévère adoptée au Royaume-Uni de son vivant. Ses propos sont intervenus alors que la contestation porte à la fois sur la décision administrative du gouvernement et sur les effets de cette décision pour les personnes qui expriment leur solidarité avec le groupe.
Un classement fondé sur des actions matérielles
La décision gouvernementale est intervenue après plusieurs opérations attribuées à des membres de Palestine Action. Le texte présenté lors de l’audience mentionne notamment des dégradations commises sur une base de la Royal Air Force en juin 2025 et contre les installations de l’entreprise d’armement israélienne Elbit Systems en août 2024. En mars 2025, des membres du groupe avaient aussi inscrit le message « Gaza n’est pas à vendre » sur le terrain de golf de Donald Trump en Écosse.
Ces faits sont au cœur du débat sur le fondement juridique de la proscription. L’avocat Raza Husain, qui représente Palestine Action, a soutenu devant les juges que seules trois actions sur les 385 opérations menées par le groupe depuis sa création en 2020 correspondaient, selon l’accusation, à la définition du terrorisme. Il a également affirmé que le groupe n’avait jamais appelé à s’en prendre à des personnes et que son mode d’action relevait d’une tradition d’actions directes motivées par des convictions.
- Juillet 2025 : le gouvernement britannique interdit Palestine Action et le classe comme organisation terroriste.
- 25 arrestations : la police les a annoncées en marge de l’audience devant la Cour suprême.
- 4 200 interpellations : ce bilan depuis l’interdiction est avancé par Defend Our Juries.
Une contestation sur la liberté d’expression
Le recours de Huda Ammori vise ainsi une mesure qui ne concerne pas seulement les actions attribuées au groupe, mais aussi les manifestations de soutien qui lui sont adressées. Depuis son classement, la législation britannique permet de poursuivre les personnes exprimant publiquement leur appui à Palestine Action, une situation qui explique la multiplication des arrestations lors d’actions organisées devant les tribunaux et dans l’espace public.
La procédure examinée par la Cour suprême doit déterminer si l’interdiction peut être maintenue au regard des faits retenus par le gouvernement et de la qualification juridique appliquée au groupe. À ce stade, l’audience ne constitue pas une décision sur le recours. Le gouvernement britannique considère que les actes ayant motivé la proscription justifient cette mesure, tandis que la défense conteste l’assimilation de dégradations matérielles à des actes relevant du terrorisme et remet en cause la proportionnalité de l’interdiction.