La rapporteuse spéciale des Nations unies sur la situation des droits humains dans les territoires palestiniens occupés, Francesca Albanese, a demandé à l’Indonésie de reconsidérer son engagement au sein du « Conseil de la paix » créé par le président américain Donald Trump, estimant que le dispositif est « façonné par Israël et les États-Unis » et ne donne pas de place aux Palestiniens, a rapporté Reuters.
Présenté en janvier comme un nouvel organe chargé d’intervenir sur des crises habituellement traitées par l’Organisation des Nations unies, le Conseil de la paix a attiré l’attention parce qu’il prévoit, selon l’annonce de l’administration américaine, la contribution de troupes étrangères et une implication dans la gouvernance temporaire et la stabilisation de territoires en crise, dont la bande de Gaza. L’Indonésie, le plus grand pays à majorité musulmane, a déclaré qu’elle serait membre de cette instance et s’est dite prête à déployer des soldats dans le cadre d’une force internationale pour Gaza.
Pour Francesca Albanese, juriste et haute fonctionnaire onusienne connue pour ses critiques d’Israël, cette configuration pose un problème de légitimité: elle juge dangereux qu’un mécanisme conçu pour superviser la gouvernance temporaire d’un territoire palestinien soit établi sans représentation palestinienne.
« Je comprends (les) bonnes intentions. Je continue de penser que c’est très dangereux, car cela risque de normaliser un mécanisme tout à fait anormal », a déclaré Francesca Albanese à Reuters.
Le point soulevé par la rapporteuse porte aussi sur la place qu’y tiennent Israël et les États-Unis: Albanese affirme que, au plan juridique, Israël ne peut pas avoir le rôle de déterminer l’avenir des Palestiniens, formulation reprise par Reuters. Ces observations s’inscrivent dans un débat plus large sur la nature et la portée du Conseil de la paix, critiqué par des experts des droits humains pour l’absence — selon eux — d’un représentant palestinien dans des organes dirigeants chargés d’un territoire palestinien.
Interrogé sur cette critique, un responsable du Conseil a rejeté l’idée d’exclusion des Palestiniens, assurant que le « leadership et l’appropriation du processus par les Palestiniens restent au cœur de celui-ci », selon la même dépêche de Reuters.
Enjeux et réactions
La controverse se déroule également dans un contexte diplomatique tendu: Francesca Albanese a essuyé des critiques de plusieurs capitales occidentales et fait l’objet de sanctions américaines, remarque la dépêche. Le ministère indonésien des Affaires étrangères a, de son côté, indiqué que les discussions relatives au Conseil de la paix restaient pour l’heure en suspens, réitérant la position antérieure d’Indonésie.
- Position d’Albanese : le Conseil risque de normaliser un mécanisme privé de voix palestinienne et de permettre à Israël de peser sur le destin des Palestiniens.
- Position du Conseil : les Palestiniens conserveraient le leadership et l’appropriation du processus.
- Position indonésienne : discussions suspendues, participation annoncée mais pas finalisée.
Le débat soulève des questions cruciales sur la représentation, la légitimité et la conformité au droit international d’un dispositif qui se présente comme une alternative ou un supplément aux institutions onusiennes traditionnelles. Pour les acteurs palestiniens et les défenseurs des droits humains, l’absence d’une voix palestinienne dans la gouvernance d’un territoire concerné apparaît comme un angle mort potentiellement déterminant pour l’avenir de Gaza.
| Acteur | Position mise en avant |
|---|---|
| Francesca Albanese (rapporteuse de l’ONU) | Appelle l’Indonésie à reconsidérer sa participation; critique l’absence de représentation palestinienne. |
| Conseil de la paix (responsable cité par Reuters) | Affirme que les Palestiniens gardent le leadership et l’appropriation du processus. |
| Indonésie | A annoncé sa participation et un engagement de troupes; discussions actuellement suspendues selon le ministère des Affaires étrangères. |
Cette controverse vient rappeler que toute initiative internationale visant Gaza est scrutée au prisme de la représentation palestinienne et du respect du droit international. Les modalités concrètes du Conseil de la paix — composition, mandat, garanties procédurales — demeurent, d’après les informations disponibles, au cœur des interrogations qui persistent.