Accueil Santé & Bien-être Une importante évasion immunitaire humorale contribue à l’émergence et à la propagation...

Une importante évasion immunitaire humorale contribue à l’émergence et à la propagation rapide des sous-lignées BA.4 et BA.5 mutées par l’Arg346.

44
0

Dans une étude récente publiée dans The Lancet Infectious Diseasesles chercheurs ont mesuré les titres de neutralisation d’échantillons de plasma contre la nouvelle variante préoccupante (VOC) Omicron des sous-variantes BA.4 et BA.5 du coronavirus 2 du syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS-CoV-2) avec des mutations de l’arginine (Arg)346.

Etude : Évasion supplémentaire de l'immunité humorale des sous-variants émergents BA.4 et BA.5 du SRAS-CoV-2. Crédit image : Alexyz3d/Shutterstock
Étude : Évasion supplémentaire de l’immunité humorale des sous-variants émergents BA.4 et BA.5 du SRAS-CoV-2. Crédit image : Alexyz3d/Shutterstock

Contexte

La région du domaine de liaison au récepteur (RBD) de la glycoprotéine de la pointe (S) du SRAS-CoV-2 dans les sous-variants Omicron BA.4 et BA.5 acquiert continuellement des mutations. Plusieurs pays ont été témoins de l’augmentation des sous-variants BA.4/BA.5 présentant des mutations Arg346 S, à savoir BA.4.6, BA.5.2.6, BA.4.1.9, BF.7 et BE.1.2. Alors que ces sous-variants Omicron mutés présentent la mutation Arg346Thréonine (Thr), d’autres, tels que BA.4.7, BF.13 et BA.5.9, présentent respectivement les mutations Arg346Sérine (Ser) et Arg346Isoleucine (Ile).

Notamment, certaines de ces sous-variantes Omicron, en particulier BA.4.6, ont ainsi acquis un avantage de croissance par rapport à d’autres, y compris les souches prédécesseurs BA.4 et BA.5. De nombreuses études ont montré que l’Arg346 est un important résidu d’acide aminé immunogène qui confère au SARS-CoV-2 la possibilité d’échapper aux anticorps neutralisants. Il est donc urgent d’évaluer les médicaments et les vaccins contre les sous-variantes Omicron BA.4 et BA.5. Dans ce contexte, il convient également de noter que, contrairement à la mutation d’Arg en Lysine (Lys) dans le BA.1.1, les mutations d’Arg en Thr, Ser ou Ile ont entraîné un changement de reconnaissance des anticorps plus sévère.

A propos de l’étude

Dans la présente étude, les chercheurs ont obtenu des échantillons de plasma de personnes ayant reçu trois doses de CoronaVac après une infection percée par Omicron BA.1, BA.2 ou BA.5 ou sans infection par le SRAS-CoV-2. Ils ont prélevé des échantillons de plasma trois à cinq semaines après la percée de l’infection, confirmée par une réaction en chaîne par polymérase à transcription inverse (RT-PCR).

Lire aussi :  Nouvelles connaissances sur l'immunité du SRAS-CoV-2 acquises à partir d'une infection naturelle

En outre, l’équipe a utilisé des pseudovirus basés sur le virus de la stomatite vésiculaire (VSV) dans les tests de neutralisation. Grâce à ces essais, l’équipe a déterminé les activités de neutralisation des pseudovirus de 11 anticorps monoclonaux et de quatre cocktails d’anticorps contre les sous-lignées BA.4 et BA.5 mutées par l’Arg346.

Résultats de l’étude

Les personnes non infectées par le SRAS-CoV-2 qui avaient reçu un régime de trois doses de CoronaVac ont présenté une diminution d’un facteur de 50% des titres de neutralisation (NT50) dans la gamme de 1,5 à 1,7. La diminution du facteur de multiplication était plus prononcée pour les sous-lignées BA.5.9, BA.4.6 et BA.4.7 que pour BA.4 ou BA.5, car les premières présentaient des mutations Arg346Ile, Arg346Thr et Arg346Ser. Les sous-lignées BA.4/BA.5 présentant ces mutations pouvaient également échapper à la neutralisation par le plasma des cas d’infection percée BA.5. En outre, elles ont présenté une diminution de 2,4 à 2,6 fois de la NT50. À l’inverse, BA.1.1 présentait également un potentiel d’évasion immunitaire car il portait une mutation Arg346Lys similaire à celle de BA.1.

Les chercheurs ont noté des réductions presque identiques des titres de neutralisation chez les convalescents se remettant d’infections par BA.1/BA.2. De plus, ils ont constaté que le plasma des convalescents BA.5 présentait des titres de neutralisation plus élevés contre BA.5 que contre BA.1.1 et BA.1. Cependant, le plasma convalescent des cas d’infection par BA.1, BA.2 et BA.5 était plus efficace contre la souche ancestrale du SRAS-CoV-2 portant la mutation Asp614Gly. Selon les auteurs, un ou plusieurs phénomènes d’empreinte immunitaire ou de péché antigénique originel sont probablement à l’origine de ces observations.

Lire aussi :  La stimulation médullaire à haute fréquence s'avère plus efficace pour améliorer la réduction de la douleur perçue

Le cilgavimab ne pouvait pas neutraliser les sous-lignées BA.4 et BA.5 présentant des mutations Arg346Ile, Arg346Thr ou Arg346Ser. Ainsi, le cocktail d’anticorps Evusheld, une combinaison de tixagevimab et de cilgavimab, est resté inefficace contre les sous-lignées BA.4.6, BA.4.7, BA.5.2.6 et BA.5.9. De même, le cocktail REGEN-COV, une association de casirivimab et d’imdevimab, a montré une réactivité réduite contre les sous-lignées mutées Arg346. Le bébtélovimab est notamment resté très efficace contre les sous-lignées présentant ces mutations.

Conclusions

L’étude actuelle a montré une capacité accrue d’évasion de l’immunité humorale des sous-lignées BA.4 et BA.5 avec des mutations Arg346. Cette observation a deux implications importantes. Premièrement, les sous-lignées Omicron BA.4.6, BA.4.7, BA.5.9, BF.7, BA.5.2.6, BA.4.1.9, BE.1.2 et BF.13 pourraient bénéficier d’un avantage de transmission pendant la pandémie COVID-19 en cours. Deuxièmement, cette évasion immunitaire pourrait conduire à l’émergence et à la diffusion rapide de multiples sous-lignées BA.4 et BA.5 mutées par Arg346.

En outre, il existe une possibilité de réinfections potentielles par BA.4.6 après la guérison d’une infection par BA.4 ou BA.5. En outre, les personnes présentant des immunodéficiences ou des comorbidités sont plus exposées aux réinfections par les sous-variants Omicron. Les auteurs insistent surtout sur l’évaluation de vaccins ciblant les sous-variants BA.4 et BA.5.